L’architecte Luc Schuiten explore les villes de demain

A plus de 70 ans, l’architecte et dessinateur Luc Schuiten a l’esprit en ébullition permanente. Le Schaerbeekois, qualifié de visionnaire par les uns, d’utopiste par les autres, était de passage en début de semaine à Bozar dans le cadre des conférences de la Brussels Academy pour y exposer sa vision des villes du futur. 

Depuis près de quarante ans, Luc Schuiten dessine des cités imaginaires. S’inspirant de villes existantes comme Bruxelles, Metz ou Shangai, il esquisse la mutation des paysages urbains en fonction des besoins de l’homme et de la nature. Car il en est convaincu : « Nous avons trop vite oublié que nous sommes des êtres biologiques installés sur une planète elle-même vivante« . Nos villes bétonnées, gourmandes en énergie et régurgitant quantités de déchets sont arrivées à expiration.

Si aujourd’hui ses réflexions trouvent un certain écho auprès de la population, l’architecte a longtemps nagé à contre-courant. S’affranchissant des lignes rigides et traditionnelles de l’architecture, il teste différents matériaux et techniques, et rêve d’habitations en parfaite harmonie avec le végétal.

Orejona, l’une des premières maisons écolo d’Europe

Dans les années 70 déjà, alors que la prise de conscience écologique en est à ses balbutiements, Luc Schuiten se lance dans la construction d’une des premières maisons d’Europe à être autonome du point de vue énergétique. Utilisation de l’énergie solaire et éolienne, récupération de l’eau de pluie…. Il expérimente avec « Orejona » ce qui fait désormais office de normes pour les nouvelles constructions.

Sa proximité avec la nature marque la suite de son parcours professionnel, jalonné par des projets au sein desquels le végétal occupe une place prépondérante.

Dans les années 90, il propose notamment une quinzaine de jardins verticaux à Bruxelles destinés à rehausser les coins, carrefours et espaces résiduels tombés en déshérence. Mais seule une de ses propositions verra le jour dans le centre-ville, place du Jardin aux fleurs. Certainement la moins audacieuse de toutes.

Rue des Alexiens, la cascade constituée de matériaux de récupération qu’il avait imaginée à la croisée de deux bâtiments est recalée en dernière minute. Désappointé, l’architecte attribue cet échec à la frilosité des politiques « pour qui le terme ‘utopie’ constitue la pire des injures« .

Mais ses projets ne s’arrêtent pas là. Luc Schuiten s’est plus récemment penché sur la résinsertion durable de personnes sans-abri à Bruxelles. Sa démarche consiste à tirer profit des espaces résiduels inexploitables (coins ou façades aveugles) en y superposant des logements bordés par une végétation verticale abondante.  Une première réalisation concrète devrait bientôt sortir de terre à Molenbeek.

Le dessin comme outil d’exploration

Comme son frère cadet le dessinateur de bandes dessinées François Schuiten, Luc Schuiten utilise le dessin comme outil d’exploration des possibles. Laissant libre cours à son imagination débordante, il s’illustre surtout par ses visions utopiques et futuristes des villes, dont l’organisation et le fonctionnement « biomimétiques » sont calqués sur ceux des écosystèmes et organismes vivants.

A travers ses croquis, qui ont fait l’objet de nombreuses expositions, l’architecte nous emmène dans ses vastes cités végétales: des lieux de vie où l’homme et la nature vivent en parfaite osmose. Il travaille également sur le concept de résilience urbaine, ou comment atteindre l’autonomie énergétique et alimentaire.

Dans ses villes imaginaires, qui pourraient être Bruxelles, Strasbourg ou Shangai à l’horizon 2100, tous les espaces ont été optimisés afin de répondre aux besoins des habitants et créer de nouveaux usages urbains, comme le développement de poulaillers, potagers, vergers, serres ou pigeonniers collectifs. Les méthodes de production alimentaire, étendues aux façades des immeubles, sont également rendues plus efficaces, tandis que d’étranges engins volants transportent les citadins de quartiers en quartiers.

Univers utopique ou annonciateur d’une nouvelle ère? Luc Schuiten, probablement en avance sur son temps, penche pour la seconde option. « Pour nous qui cherchons à construire un nouveau modèle de société durable, le mot utopie veut simplement dire un possible qui n’a pas encore été expérimenté », conclut-il.

*** Toutes les photos proviennent du site web de Luc Schuiten ***

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